Croiser la nature

Exposition du 22 Octobre au 6 Novembre 2021 - Entrée libre.
Vernissage le 22 Octobre à partir de 18h

Ouvert les Jeudi, Vendredi, Samedi et Dimanche de 15h à 19h

Justine Delobel - Richard Dreesens

« Cette première exposition vient inaugurer l’ouverture de l’espace d’exposition temporaire de l’association Le point sur la ligne. Elle est à la fois l’occasion de nous présenter en tant qu’artistes dans nos démarches respectives, et de marquer un nouvel ancrage au sein d’un environnement que nous devons encore apprendre à connaître. Fraichement arrivés à Archigny, et dans la Vienne, nous voulions marquer ce temps d’un nouvel ancrage et du renouveau après des temps instables, et de remises en questions, où nous nous sommes mutuellement cherchés. Inspirés par Archigny nous avons trouvé la lumière au sein d’un lieu, rue Charles Clerté, dans lequel nous combinons vie, travail et créativité. En tant que Néo-ruraux, nous avons voulu marquer notre exode par ce titre « Croiser la nature », en exposant nos travaux récents mutuels. Ils viennent interroger les relations particulières que nous entretenons avec le paysage et la notion de végétal. Loin des approches traditionnelles de la représentation de la nature, nous voulons implanter un regard marqué par notre temps, et par nos parcours respectifs dans des mondes virtuels et fracturés qui ont nourris notre imaginaire. A travers les séries Taxochromie et Dédales végétaux nous invitons le public à pénétrer dans un interstice entre nature et culture, où la végétation se confronte à la projection humaine et artificielle de l’image. »

Justine Delobel

Taxochromie –
Justine Delobel

Epreuves pigmentaires, collages, assemblages.

La série Taxochromie, s’appui sur l’archivage, la classification et l’évaluation de la nature par l’Homme au travers des taxons. Il s’agit ici d’une interprétation chromatique de l’image végétale. Elle s’appui sur les couleurs légendées par les listes rouge de l’UICN, qui répertorient le degré de vulnérabilité des espèces répertoriées.

Aujourd’hui qu’est-ce qu’un tableau ? Une surface plane sur laquelle on compose et met en œuvre des matériaux, des formes, et des couleurs ? Ou un fichier numérique composé de cases dans lequel on entre des données informationnelles ? Les fichiers Excel en open source de l’UICN ont été le moteur de ce questionnement, et font ici partie intégrante du processus artistique. Des extraits de deux listes des espèces de la flore vasculaire de France Métropolitaines, et de Poitou-Charentes ont été éditées au traditionnel format A4, sur lesquelles des impressions végétales ont été superposées. Elles donnent lieu à des compositions chromatiques rythmées par le passage d’une catégorie à une autre dans le tableau, marqué par les couleurs légendées de l’UICN : Noir, violet, rouge, orange, jaune, beige, vert, gris.

Il faut entendre ici par l’usage du terme « impression végétale » à la fois la description d’un procédé technique par l’usage de l’imprimante, mais également l’interprétation particulière du sujet en question. Ici les aspects descriptifs sont brouillés dans les superpositions de calques, et les images fragmentées nous mettent à distance de toute représentation claire des espèces végétales mise en exergue. Dès lors l’image donne une impression qu’il s’agit d’une plante sans véritablement la présenter. Seule la légende informe sur l’identité de l’espèce et renoue avec le caractère scientifique initiale du document. Ainsi les fichiers assemblés aux calques et images se mettent en place comme un polyptique, en référence à l’origine historique du tableau. Loin de n’être que prétexte, la perception de la nature à travers la trace humaine vient questionner ici la subjectivité à laquelle peut être soumise une donnée à caractère scientifique.

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Dédales végétaux – Richard Dreesens

Photographies

Les dédales végétaux interrogent sur notre rapport à la forêt, dans une ballade sensiblement graphique, qui désoriente nos repères spatiaux-temporels. Pour Richard Dreesens le caractère intemporel de la forêt est une sorte de retours aux origines, mais aussi une manière d’affronter le présent et le futur. C’est durant ses balades solitaires qu’il repère les lieux isolés, loin de toute trace humaine, en parcourant les chemins forestiers doté d’un équipement minime : un boîtier numérique, un objectif et un appareil LC-A de Lomographie.

Ici le photographe confronte son regard à celui de l’état sauvage, en cherchant à retranscrire l’état d’une vision non corrigée, en jouant de sa myopie qu’il questionne en photographiant sans lunettes. Retirer ses verres, c’est comme se retirer en forêt, c’est chercher un refuge dans le monde pour se retrouver soi. Un exercice auquel il s’adonne également dans le cas du dessin. Ainsi c’est une aventure perceptive au sein de branchages qui s’entremêlent par les pivotements de l’appareil et nous plonge dans des visions labyrinthiques aux allures parfois fantastiques. Bien que le photographe travaille ici de manière exploratoire, sans retoucher les photographies, on s’interroge parfois sur le caractère fictionnel de l’image.

Ces images, à la fois troubles et énigmatiques, nous renvoient au mystère que représente encore la nature et aux angoisses qu’elle peut susciter à une époque d’incertitude sur le devenir de l’environnement. Mais c’est également une manière d’exprimer sa condition d’être humain face à une nature qui nous dépasse. Cette relation continuelle, entre volonté de maîtrise et inévitable retour invasif du végétal, se ressent particulièrement dans les séries photographiques présentées ici.

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